Alcool : la Cour de Comptes critique les politiques des consommations nocives

Dans un rapport rendu public ce jour, la Cour de Comptes critique les politiques publiques de lutte contre la consommation nocive d’alcool et pointe du doigt l’absence de consensus économique et sanitaire, les difficultés de l’Etat à modifier les comportements et les actions mal coordonnées. La lutte contre les consommations nocives d’alcool devant être une priorité d’action publique, la Cour de Comptes propose 3 orientations.

L'alcool provoque 49 000 décès par an en France dont 12 % sont âgés de 15 à 34 ans.

Une absence de consensusSelon la dernière étude épidémiologique publiée en 2013, l’

alcool serait responsable chaque année de 49 000 décès, la part des décès attribuables à l’alcool étant de 22 % pour les 15-34 ans et de 18 % pour les 35-64 ans. Mais il est aussi responsable de nombreuses maladies chroniques, graves et souvent mortelles qui pèsent lourd pour notre système de santé. Selon ce rapport de la Cour de Comptes, malgré “une baisse régulière depuis les années 1960, la consommation moyenne d’alcool en France, qui a atteint près de 12 litres d’alcool pur par an et par habitant en 2014 selon l’Office français des drogues et toxicomanies, demeure près de 30 % supérieure à la moyenne européenne“.

 Mais le sujet est sensible car, en même temps, “le poids économique du secteur des boissons alcoolisées est particulièrement notable, avec 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 555 000 emplois directs et indirects, en raison en particulier de ses performances à l’exportation“. Résultat : le bilan économique global des consommations nocives n’est pas posé de manière sereine et leur coût sanitaire et social, très élevé, notamment en termes d’années de vie perdues et de qualité de vie, ne fait l’objet d’aucun chiffrage incontestable. Et “la mesure de la modération en matière de consommation d’alcool ne fait pas non plus consensus. Les repères utilisés par les professionnels de santé pour quantifier le risque, revus à la baisse dans de nombreux pays, y compris l’Italie, sont interprétés comme des repères d’une consommation modérée“, souligne le rapport.L’Etat peine à modifier les comportementsSelon ce rapport, “en n’agissant qu’imparfaitement sur les différents leviers possibles, l’Etat ne s’est pas donné les moyens d’infléchir les comportements à risque“. De nombreuses raisons et défaillances expliquent cet état des choses : une réglementation inadapté qui rend l’alcool facilement accessible, y compris pour les mineurs, des assouplissements importants de l’encadrement de la publicité, notamment sur des supports numériques, une régression du dépistage de l’alcool au volant, une évaluation pauvre des actions d’éducation en milieu scolaire, peu d’implication en médecine générale à la prise en charge de l’abus d’alcool et des prises en charge trop dispersées dans le secteur médico-social et associatif.Mauvaises bases et coordination des politiquesA la différence des autres pays européens, la France sous-estime largement les coûts sanitaires liés aux consommations nocives d’alcool, faute d’outils de suivi sanitaires performants. Par ailleurs le rapport signale que dans notre pays, l’enseignement et la recherche dans ce domaine ne sont pas des priorités de santé, avec, en plus, “une coordination entre les acteurs publics inaboutie” mais aussi complexe, ce qui rend les actions et campagnes insuffisamment ciblées.Trois orientations pour une priorité d’action publiqueEnfin, la Cour de Comptes précise que la lutte contre les consommations nocives d’alcool devrait être une priorité de l’action publique, ce qui suppose une politique unifiée de lutte contre ces consommations avec la responsabilisation des personnes dans leur rapport individuel avec l’alcool et un accompagnement adapté pour les consommateurs à risque.En conséquence, la Cour de comptes formule 11 recommandations concrètes réparties en 3 orientations :

  • sous l’égide du Premier ministre, élaborer un programme durable de lutte contre les consommations nocives d’alcool, fondé sur les preuves scientifiques et régulièrement évalué, porté au plus haut niveau gouvernemental et mis en œuvre au plan interministériel ;
  • provoquer une prise de conscience et prévenir les risques des consommations nocives d’alcool par l’information et la prévention, afin d’infléchir les comportements à risque ;
  • rénover et renforcer l’impact des leviers d’action existants : fiscalité, réglementation de la distribution, du lobbying et de la publicité, développement du contrôle et des sanctions de la conduite en état d’alcoolisation.

Espérons que les autorités de Santé et l’Etat suivront les recommandations de ce rapport pour lutter plus efficacement contre le fléau de l’abus d’alcool en France.Photo : ©Rex Features/SipaClick Here: Putters

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *