Sida : l'intérêt d'un traitement plus précoce des patients

Lors de la conférence internationale sur le sida (IAS 2013 à Kuala Lumpur en Malaisie), l’Organisation mondiale de la santé a recommandé de traiter plus tôt les personnes infectées par le VIH. Cette stratégie qui permettrait de réduire le nombre de décès et de transmissions du VIH est confortée par deux études françaises présentées lors de cette même conférence.

Le Dr Laurent Hocqueloux rapporte deux études françaises qui confortent l'idée d'un traitement précoce des personnes infectées.

L’OMS recommande de traiter plus tôt les personnes infectéesL’OMS recommande de proposer les traitements antirétroviraux pour tous les individus infectés beaucoup plus précocement qu’auparavant (à un stade de CD4 inférieur ou égal à 500/mm3 – contre 350 cellules/mm3 auparavant). Selon ces mêmes recommandations, la mesure de la charge virale est le meilleur moyen de contrôle de l’efficacité du traitement (indiquant la nécessité de changer ou de maintenir la prise en charge) avec une surveillance complémentaire du taux de cellules CD4.L’OMS estime que 25,9 millions de personnes supplémentaires seront désormais admissibles au traitement anti-VIH. Ce changement pourrait éviter 3 millions de décès et prévenir 3,5 millions de nouvelles infections entre 2013 et 2025. Pour l’ONUSIDA, le coût supplémentaire pourrait être couvert par le budget global prévisionnel avancé grâce à la réduction du prix des médicaments, des méthodes de dépistage (test par piqure au bout du doigt permettant d’avoir un résultat en 30 minutes) et des systèmes de distributions, et la baisse des frais liés à la prise en charge des maladies associées au VIH (liée notamment à un accès élargi aux traitements et à l’intégration des services de prise en charge du VIH dans les structures médicales existantes). Rappelons que 9,7 millions de personnes vivant avec le VIH ont accès aux traitements en 2012, contre un peu plus de 8,1 millions en 2011 – ce qui correspond à une augmentation de 1,6 million de personnes en une seule année.Il faudra néanmoins que les gouvernements nationaux et la communauté internationale se mobilise financièrement pour que ces directives puissent se concrétiser sur le terrain. “Le défi fixé par les nouvelles directives encouragera les pays, les donateurs et les partenaires de la riposte au sida à redoubler d’efforts pour atteindre d’encore meilleurs résultats. Si les recommandations des nouvelles directives sont mises en œuvre, elles permettraient alors d’éviter 13,5 millions de décès et 19 millions de nouvelles infections à VIH (estimations) d’ici à 2025“ précise l’ONUSIDA.Des études françaises montrent l’intérêt de cette stratégieLes traitements actuels permettent d’obtenir un contrôle de la réplication du virus chez la majorité des patients infectés. Mais l’infection ne disparaît pas, elle reste persistante, avec ses effets délétères à long terme (problèmes métaboliques, cardiaques, neurologiques), en raison des réservoirs viraux. Ceux-ci sont constitués de cellules immunitaires à durée de vie très longue dans lesquelles le VIH est intégré dans le chromosome. L’un des grands enjeux actuels de la prise en charge des personnes séropositives vise à prévenir la constitution de ces réservoirs et/ou à les réduire tout en favorisant la reconstitution immunitaire.Pour atteindre cet objectif, des études soutenues par l’Agence nationale de recherche sur e sida et les hépatites (ANRS) apportent la démonstration que plus le traitement antirétroviral est précoce, plus il est actif pour contrôler l’infection par le VIH. Elles ont été réalisées d’une part chez des personnes très récemment contaminées (en primo-infection) et d’autre part chez des patients dont le système immunitaire n’était pas dégradé. Grâce au traitement précoce, on observe une diminution sensible des réservoirs du VIH et une meilleure reconstitution immunitaire.

  • Dans l’essai ANRS OPTIPRIM, une décroissance des réservoirs viraux rapide et importante a été obtenue chez des patients qui ont commencé un traitement antirétroviral peu après leur contamination (35 jours en médiane).
  • Parallèlement, le suivi de la cohorte Visconti (dans laquelle des patients ont reçu un traitement très précoce qui leur a permis de contrôlé l’infection) a permis de montrer que les réservoirs sont significativement plus faibles chez les patients dont l’immunité était la moins dégradée (CD4 ≥ 500/mm3) lors du début du traitement. C’est également chez ces mêmes patients que la reconstitution immunitaire est la plus rapide et la plus prononcée.

Ces résultats montrent que plus on donne rapidement un traitement antirétroviral aux patients infectés par le VIH après la contamination, meilleurs sont les bénéfices aux plans virologique et immunitaire“, explique le Pr Christine Rouzioux (Laboratoire de Virologie, Hôpital Necker-Enfants Malades, Paris), co-auteur de ces deux présentations au colloque de Kuala Lumpur. “Tout d’abord, cela renforce l’intérêt du dépistage, qui devrait être facilité et largement diffusé afin de proposer au plus vite des traitements aux sujets séropositifs. Enfin, avec la diminution observée des réservoirs sous traitement précoce, on peut s’attendre à réduire encore davantage le risque de transmission sexuelle et contribuer ainsi à limiter l’épidémie“. Un traitement le plus précoce possible pourrait également avoir un intérêt supplémentaire indique pour sa part le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS : “Compte tenu de la baisse importante des réservoirs dans les deux études, il n’est pas exclu qu’une rémission fonctionnelle, c’est-à-dire un contrôle prolongé de l’infection sans traitement, puisse à terme être obtenue chez les patients traités de façon précoce. C’est en tout cas dans cette voie qu’il faut désormais mener de nouvelles recherches“. David Bême Sources : Communiqué de l’ANRS – juillet 2013Communiqué de l’Onusida – juillet 2013Communiqué de l’OMS – juillet 2013IAS 2013 – juillet 2013Photo : Photo©International AIDS Society/Marcus Rose/Workers’ Photos.

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