Les renoncements aux soins concernent aussi les soins courants (Baromètre Santé Opinion Way – Doctissimo)

Pour sa première édition, le Baromètre Opinion Way – Doctissimo sur lesystèmede santé montre des difficultés d’accès des Français à des soins de qualité, avec des renoncements à des consultations, à des soins coûteux (optique, dentaires), mais aussi à des médicaments non remboursés. Voici les principaux résultats (pour les résultats concernant l’actualité, cf. notre article “

Santé et présidentielles : les attentes déçues des Français“).

Les renoncements aux soins pour raisons financières se multiplient en France.

Confirmation : les renoncements aux soins sont fréquents et ne touchent pas que les soins coûteuxDepuis plusieurs années,

un nombre croissant de Français renoncent aux soins. Mais s’agit-il uniquement des soins les plus coûteux, comme cela a souvent été avancé, en particulier par les politiques ? Non, selon notre enquête : nous avons proposé aux 1006 Français interrogés en ligne par Opinion Way* une liste de soins ou consultations auxquels ils auraient pu renoncer au cours des 3 derniers mois. Seuls 34 % n’ont pas coché une des propositions ci-dessous (présentées à chaque fois dans un ordre différent, pour ne pas biaiser les résultats). Dans les renoncements aux soins pour raisons financières, les soins dentaires, chers et peu remboursés, arrivent en tête. Mais juste derrière, pour 1 Français sur 4, c’est le financement des médicaments non remboursés qui pose problème :

Le renoncement aux médicaments déremboursés, une médecine à deux vitesses ?Les médicaments non remboursés sont achetables uniquement en pharmacie et avec les conseils des pharmaciens. Ces derniers devraient d’ailleurs bientôt 

être davantage rémunérés pour leurs conseils. Et ce bien qu’une analyse récente de l’UFC Que Choisir ait montré fin mars que

ce rôle de conseil est actuellement largement insuffisant et expose à des risques.Malgré ces insuffisances, l’

automédication est encouragée par les autorités de santé depuis plusieurs années : de

nombreux médicaments non remboursés sont disponibles depuis 2008 devant le comptoir (libre service) et de plus en plus de produits sont déremboursés, donc accessibles à l’automédication. Ces déremboursements concernent des médicaments au service médical rendu estimé comme insuffisant (à l’exception notable de l’homéopathie, toujours protégée en France malgré l’absence d’études probantes d’efficacité).Outre le défaut partiel de conseil pharmacien qui devrait pourtant être systématique, ces déremboursements n’ont pas été couplés à un renforcement de la prise en charge des médicaments jugés efficaces, ni même à une majoration de l’information grand public sur ces médicaments en vente libre. Les patients qui connaissent des difficultés financières doivent donc renoncer à acheter des médicaments non prescrits de plus en plus nombreux. Il y a également de plus en plus de médicaments très peu remboursés en l’absence de mutuelle complémentaire (

le remboursement de 150 médicaments est passé de 35 à 15% en 2010). Ces médicaments peuvent pourtant soulager certains symptômes qui alourdissent la vie quotidienne (douleurs, troubles digestifs, sécheresse cutanée par exemple).On pourrait certes leur suggérer de consulter pour obtenir, si besoin bien sûr, une prescription efficace et bien remboursée. Mais l’accès aux médecins n’est également pas le même pour tous.Le renoncement aux consultations, un phénomène inquiétant

La plupart des pathologies sont beaucoup mieux soignées si elles sont diagnostiquées rapidement. L’installation pendant plusieurs semaines d’une hypertension, d’un diabète ou, pire, d’un cancer, complique la prise en charge.Le système de santé devrait donc multiplier les possibilités d’accueil, de prévention, etc. Or, c’est le contraire qui se passe depuis le début de ce siècle, notamment en raison d’une démographie mal anticipée et inégale :

la désertification médicale gagne du terrain, allongeant les délais de transport, mais aussi d’obtention d’un rendez-vous : 26 % des répondants ont renoncé à consulter un médecin car il n’avait pas de rendez-vous disponible avant plusieurs mois !Qui dit transport dit coût supplémentaire non pris en charge la plupart du temps, ce qui explique peut-être, avec la fréquence et l’importance des dépassements d’honoraires, qu’une personne interrogée sur 10 (1 sur 5 chez les 25-34 ans) ait renoncé à une consultation pour raisons financières.40 % des défavorisés et des jeunes n’ont pas de mutuelleLes dépassements d’honoraires en chirurgie de secteur 2 (honoraires libres) seront bientôt mieux couverts par les mutuelles (

décret n° 2012-386 du 21 mars 2012). Mais au prix d’une éventuelle augmentation des tarifs de ces dernières, qui sont déjà peu accessibles aux personnes les plus défavorisées.

En effet, il y a 13 % des Français, selon notre enquête, qui n’ont pas de mutuelle complémentaire. Ce chiffre déjà inquiétant monte à 40 % pour  les personnes gagnant moins de 999 € par mois et les plus jeunes (18-24 ans) ! Ces patients, jeunes et/ou  peu aisés, doivent donc payer les dépassements d’honoraires des consultations et, pour leurs médicaments, la différence entre 100 % et 65, 35 ou 15 % (taux habituels de remboursement des médicaments prescrits).  De quoi expliquer beaucoup de renoncements…Les propositions des candidats pour enrayer ces renoncements aux soinsNous avons interrogé les 10 candidats aux prochaines élections sur leur programme santé. Pour le moment, 8 nous ont répondu (voir notre

dossier spécial Présidentielles). La 4ème question portait sur leurs propositions pour enrayer le renoncement aux soins :-

Nicolas Sarkozy relativise les difficultés et met en valeur les mesures déjà prises, sans en annoncer de nouvelles (peut-être en raison de la finalisation de son programme, pas encore disponible).-

Marine Le Pen veut avant tout rééquilibrer les comptes et mieux gérer le système pour améliorer l’accès aux soins.-

François Bayrou souhaite une réflexion sur une “mutuelle universelle à l’exemple de ce qui se passe en Alsace et en Moselle“ (cotisation obligatoire

pour les salariés et les retraités du privé, mais qui ne protège donc ni les fonctionnaires, ni les professions libérales, ni les chômeurs, ce qui explique d’ailleurs ses excédents financiers cités en exemple).-

François Hollande propose un encadrement non dogmatique des dépassements d’honoraires, mais “par spécialité et par région“.-

Eva Joly désire notamment supprimer “les franchises médicales et toutes les barrières financières à l’accès aux soins“, rendre “l’ensemble des contraceptifs gratuits“ et s’appuyer davantage sur la médecine générale.- Voir aussi les

réponses de Philippe Poutou,

celles de Nathalie Arthaud et

de Nicolas Dupont-Aignan (Jean-Luc Mélenchon et Jacques Cheminade ne nous ont pas encore répondu).

Demain, une meilleure démocratie sanitaire ?La Sécurité Sociale

a été créée en 1945 par le Conseil national de la Résistance, sur demande du général de Gaulle. Il s’agissait de mettre en place “un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État“, ce qui a été fait notamment grâce à Pierre Laroque.Les renoncements aux soins, pointés par notre étude et d’autres, montrent que ces engagements fondateurs sont de plus en plus difficiles à tenir ces dernières années, à tel point que l’ampleur des déficits pousse certains à s’interroger sur la pérennité de ce système, pourtant salué depuis des décennies dans le monde entier.Quant aux partis politiques, leurs propositions santé telles qu’elles sont actuellement présentées ne laissent pas espérer une amélioration franche de la situation : comment améliorer le maillage territorial avec des professionnels de santé exerçant sans dépassements d’honoraires ? Comment aider ceux qui ne peuvent se payer une mutuelle (13 % !) à se soigner aussi bien que les autres ? Comment financer les surcoûts prévisibles liés au vieillissement de notre population et à la haute technicité de nombreux soins ? Comment

mieux informer les patients sur leurs droits, entérinés depuis la loi du 4 mars 2002 (droits à l’information, la prévention, la qualité des soins, le choix du praticien, etc.) ? Etc. Souhaitons que les semaines qui viennent, ou celles qui suivront l’installation du nouveau gouvernement, quel qu’il soit, déboucheront sur une meilleure prise en compte des carences constatées depuis des années et surtout sur des solutions efficaces et adaptées à la dégradation inquiétante du système de santé français.Jean-Philippe RivièreSources : – Première édition du Baromètre Système de santé français, Opinion Way – Doctissimo, mars 2012. Intégralité du sondage et analyse d’Opinion Way visualisable ci-dessus et téléchargeable 

sur le site d’Opinion Way- “Les pharmaciens bientôt rémunérés pour leurs conseils“, Nouvel Observateur et AFP, 29 mars 2012, article

accessible en ligne- Décret n° 2012-386 du 21 mars 2012 relatif au contenu des contrats d’assurance maladie complémentaire bénéficiant d’aides fiscales et sociales, JORF n°0070 du 22 mars 2012 page 5174,

accessible en ligne- Le régime local d’assurance maladie d’Alsace Moselle, conditions d’affiliation,

accessible sur le site regime-local.fr- La généralisation de la Sécurité Sociale, Wikipedia, article

accessible en ligne* Echantillon national représentatif (France) de 1006 individus âgés de plus de 18 ans, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de région de résidence et catégorie d’agglomération, selon les données INSEE du recensement actualisé. Enquête réalisée en France métropolitaine par internet du 22 au 23 mars 2012.Click Here: Cheap Chiefs Rugby Jersey 2019

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